Journal Le Sphinx

Notre axiome, c'est la vérité, le plus haut phare de la déontologie journalistique

CHRONIQUE DE LA GRANDE COMÉDIE POLITIQUE

L’Empire du grand n’importe quoi : Quand le mensonge devient un sport national

Bienvenue dans la seule République au monde où la météo politique annonce un grand soleil radieux pendant que la population nage en plein ouragan sans parapluie. Ici, le mensonge n’est plus une simple technique pour éviter les questions embarrassantes en conférence de presse : c’est devenu une discipline olympique, sponsorisée par le ministère de la Communication et des Illusions d’Optique.

Coupures de courant et écologie involontaire

Prenez la gestion des services publics, par exemple. Le porte-parole du gouvernement vous explique, avec un sérieux à faire pâlir un comptable, que le pays enregistre des pics historiques de production d’énergie. Il insiste, graphique coloré à l’appui. Au même instant, dans la salle de presse, le micro s’éteint, la climatisation rend l’âme et les journalistes finissent la prise de note à la lumière de leur téléphone portable. Réponse imperturbable du ministre : « Il ne s’agit pas d’une panne, mais d’une pause respiratoire stratégique du réseau pour lutter contre le réchauffement climatique. »

Sculpteurs de brouillard et stand-up ministériel

C’est ce qu’on appelle la géopolitique de la sculpture sur brouillard. On n’essaie même plus de vous convaincre que tout va bien ; on essaie juste de vous épuiser l’esprit jusqu’à ce que votre cerveau rende les armes. Quand un ministre vient vous expliquer à la télévision que la hausse de 400 % du prix du panier de la ménagère est une excellente nouvelle pour le régime alimentaire de la population, ce n’est plus de la politique économique, c’est du stand-up d’État.

Complots cosmiques et poèmes de secours

 Le plus grand chef-d’œuvre de cette comédie reste sans doute l’instauration du syndrome du « De toute façon, ils mentent tous ». C’est le Graal pour les dirigeants. Vous débarquez avec un rapport d’audit certifié, des factures impayées et des preuves tangibles de mauvaise gestion ? Le système vous répond avec un poème patriotique, trois larmes télévisées et l’histoire d’un complot cosmique fomenté par des forces occultes jalouses de notre prospérité nationale.

Taper des mains pour sauver son buffet 

Dans les meetings officiels, le spectacle frôle le génie théâtral. Au premier rang, des rangées de cadres en costume hochent la tête avec une ferveur presque religieuse devant des promesses de barrages hydrauliques sur des fleuves asséchés. Personne n’y croit, le ministre sait que personne n’y croit, et le public sait que le ministre sait. Mais tout le monde applaudit frénétiquement, car le premier qui arrête de taper dans ses mains risquerait de perdre son jeton de présence ou sa part du buffet de clôture.

Quand les slogans ne remplissent plus l’assiette

 À ce niveau-là, la gouvernance n’a plus rien à voir avec la gestion publique : c’est un numéro d’hypnose collective où l’on tente de convaincre des citoyens à l’estomac vide que la faim n’est qu’une mauvaise habitude cognitive. Le seul problème avec ce genre de conte de fées pour adultes, c’est qu’au moment du réveil, les matraques verbales et les slogans glorieux ne remplissent toujours pas les assiettes.

A.D

Le Sphinx